Le poids du secret

Le coming out des jeunes homos est l’aboutissement d’un long parcours. Celui de leurs parents nécessite également un mûrissement laborieux, un long parcours de questionnements, de difficultés à surmonter.
 
La révélation de l’homosexualité d’un enfant, les longues discussions qui l’ont suivie, peut-être les contacts établis avec d’autres parents, ont finalement abouti à une confiante connivence, même si subsistent des interrogations, des inquiétudes, des sentiments troublants pas encore tout à fait dissipés.
Le chemin vers l’acceptation n’a certes pas été toujours facile ; il a fallu vaincre bien des préjugés, surmonter beaucoup de craintes, faire taire les sentiments de culpabilité, s’informer, répondre aux questions embarrassantes.
Momentanément perturbées, les relations affectives sont sorties sauves du choc émotif. Les schémas de pensée ont peut-être été bouleversés, les attentes, souvent non formulées, chamboulées, mais rien n’a finalement changé dans l’amour que l’on porte à son enfant.
 
Lorsque le masque douloureusement porté dans le secret est enfin tombé permettant aux jeunes, avec soulagement, de vivre enfin en conformité avec leur personnalité homosexuelle, il reste pour les parents à affronter le qu’en-dira-t-on de l’entourage.  Les autres membres de la famille, les voisins, les amis. On s’aperçoit alors qu’on ne sait rien des réactions possibles, des jugements qu’ils pourraient porter, des commentaires colportés ; le sujet de l’homosexualité n’a jamais été abordé, puisque personne, en apparence, ne se trouvait directement concerné.
 
C’est donc au tour des parents de porter le poids du secret.  Peur des jugements ? Crainte des affrontements ? Souci d’un préjudice possible dans l’environnement professionnel, peut-être tout simplement respect de la vie privée de chacun ?
 
Et puis, il y a ces questions qui reviennent comme un leitmotiv au gré des discussions : « Alors, votre fils pas encore marié ? »,  « Ta fille, pas encore de petit ami ? ». Pas de réponse, mais une esquive maladroite. On n’ose pas encore, lors de la traditionnelle réunion familiale de Pâques, annoncer que le fils n’est pas marié mais vit avec un ami à Londres et que la fille est follement amoureuse d’une femme bibliothécaire.
Il y a aussi toutes ces plaisanteries douteuses qui, autrefois, au mieux, laissaient indifférent et qui désormais ne font plus du tout sourire, comme ces allusions aux pédés et aux gouines qui maintenant aussi sont autant de blessures qu’on tait.
 
Et puis un jour, le masque devient trop lourd à porter ; assez des faux-fuyants, de réponses ambiguës… Le temps est venu de leur coming out : les proches ont le droit de savoir, même la grand-mère qui accueille la nouvelle avec le sourire, soupçonnant depuis longtemps la réalité. Si les oncles, enfermés dans leurs préjugés et leurs certitudes, tournent le dos au couple homosexuel, peu importe. Au repas de la société de gym, le « Tu ne sais donc pas que mon fils est gay ? » met un point final aux plaisanteries homophobes du lourdaud de service.
 
Il a fallu du temps. Déchargés de leur secret, les parents d’homos peuvent parler sans entraves de la vie de leurs enfants, des fils et des filles, avec le même respect et la même fierté, comme tous les parents.