Il a fallu la révélation de l’homosexualité de notre fille, de notre fils, pour prendre conscience de l’ampleur et la diversité des réactions homophobes qui peuvent empoisonner l’existence de ceux qui sont, dans leurs relations affectives, conduits hors des sentiers battus.
Jusque-là, nous n’avions pas ressenti tout ce que pouvaient comporter d’ostracisme, ces remarques ironiques sur des comportements qui dérogeaient aux normes en vigueur dans un contexte imprégné de clichés, de stéréotypes, transmis de génération en génération par une tradition assignant à chaque sexe un rôle prédéterminé.
Nous n’avions pas vraiment saisi ce que pouvaient avoir de discriminatoire, de blessant, les sourires ironiques, les allusions sournoises, les moqueries adressées à ceux qui dévoilent trop ouvertement leur différence.
Sans doute, révélées par la presse, les agressions physiques perpétrées dans certains parcs de la ville, véritables ratonnades gratuites et imbéciles, nous avaient indignés mais nous n’avions pas réalisé l’ampleur du climat homophobe qui règne dans certains milieux, un climat par exemple qui continue à plomber l’atmosphère des écoles et qui rend si difficile pour les jeunes l’affirmation de leur personnalité, à plus forte raison leur coming out.
Nous n’en sommes évidemment plus là. Depuis, nous avons pu approcher toutes les souffrances, les traumatismes, les sentiments de culpabilité ou de dégoût de soi que peuvent générer ces réactions homophobes. La plupart relèvent d’un inconscient collectifs largement alimenté par des préjugés qui constituent une culture du mépris bien établie à l’égard des homosexuel-le-s. Ces préjugés veulent ignorer les relations affectives qui peuvent lier des personnes du même sexe et se limitent à fustiger leur sexualité qu’ils considèrent comme déviante, dégradante, dépravée.
Depuis lors, parce que nous avons été amenés à suivre des débats à propos du l’instauration du pacte civil de solidarité, le Pacs, ceux relatifs à l’adoption par des couples homosexuels, nous nous sommes rendus compte que survivent omniprésentes des théories, des politiques, des convictions qui relèvent davantage d’une doctrine que d’une réflexion et d’une perception raisonnée de la réalité.
Certains milieux religieux, en effet, comme les mouvements politiques les plus conservateurs continuent à soutenir les thèses homophobes, discriminatoires et à porter des jugements qui confortent les a priori les plus répandus et les plus malsains. Ainsi, tout récemment, on a pu parler, à propos des comportements homosexuels, de menace pour la survie de l’humanité, de leur nocivité, sans oublier, bien sûr, la mise en péril des valeurs fondamentales sur lesquelles repose la civilisation occidentale. On n’hésite pas à attribuer aux homos, hommes ou femmes, la responsabilité de la déliquescence morale qui gangrène, selon eux, la société actuelle. Il n’y a évidemment chez ces censeurs aucune des interrogations que nous pouvons nous poser ; il se réfèrent à des évangiles, des certitudes dogmatiques et n’ont que faire de la réalité des faits et la sincérité des témoignages.
Parents d’homos, touchés par les excès de ce type de campagnes religieuses, politiques, moralisatrices, nous sommes conduits à prendre parti et à soutenir la lutte pour une reconnaissance des droits des personnes homosexuelles à être considérées comme des citoyens à part entière, bénéficiant des mêmes droits que tout un chacun et à une existences respectée.
L’histoire nous a appris où peuvent conduire les régimes – la Pologne d’aujourd’hui - par trop influencés par ces philosophies homophobes !
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